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Villepin-Sarkozy : explications et réponse présidentielles      
mercredi 1er juin 2005

 

Quelques heures après le remplacement de Jean-Pierre Raffarin par Dominique de Villepin, M. Chirac a appelé au « rassemblement autour de l’intérêt national » dans une intervention télévisée.

Il n’a pas précisé quelle fonction exacte occuperait M. Sarkozy, mais le patron du parti majoritaire UMP devrait prendre le poste de ministre de l’Intérieur et serait le numéro deux de la nouvelle équipe, selon des sources au sein de la majorité.

Après avoir hésité, le président Chirac a ainsi pris le risque de faire travailler ensemble MM. de Villepin et Sarkozy, deux fortes personnalités qui entretiennent des relations ouvertement conflictuelles.

Un temps envisagé, le choix de M. Sarkozy comme premier ministre était sans doute pour M. Chirac une option trop risquée alors que son autorité a déjà été fortement affaiblie par le vote de dimanche.

Personnalité la plus appréciée à droite, M. Sarkozy, 50 ans, a appelé à des « remises en cause profondes, rapides et vigoureuses » pour tenir compte de la débâcle du référendum sur le traité européen, rejeté dimanche par près de 55% des électeurs français.

M. de Villepin, 51 ans, qui avait accédé à la notoriété internationale en défendant en 2003 à l’ONU l’opposition de la France à la guerre en Irak, incarne en revanche la continuité, et une fidélité absolue à M. Chirac.

Le chef de l’État a expliqué avoir fait appel à M. Sarkozy dans un « esprit de rassemblement ».

Il a annoncé que l’emploi serait la priorité du nouveau gouvernement, en promettant « le respect de notre modèle français » qui n’est pas un modèle de type anglo-saxon, en réponse aux inquiétudes d’une partie de l’électorat qui a voté non à la Constitution.

Ce rejet a ouvert une « période de difficultés et d’incertitudes » a dit M. Chirac, assurant qu’il saisirait « toutes les chances possibles de renouer avec une grande ambition européenne ».

M. de Villepin a pris ses fonctions quelques heures après la démission de M. Raffarin, victime de son impopularité et de son échec à endiguer le chômage après trois ans à la tête du gouvernement. La formation du gouvernement doit intervenir d’ici la fin de la semaine.

Mais le profil de M. de Villepin, aristocrate et haut fonctionnaire de carrière, et le retour annoncé de M. Sarkozy, semblent peu adaptés pour répondre aux fortes inquiétudes des électeurs, notamment ceux de gauche, qui réclament une politique plus sociale.

Le parti de centre droit européen de l’UDF a refusé mardi soir de participer au gouvernement, privant M. Chirac du renouvellement et de l’élargissement politique qu’il souhaitait. Ce parti pro-européen, qui disposait d’un ministre dans le gouvernement Raffarin, a jugé que la nomination du tandem Villepin-Sarkozy ne répondait pas à la « crise gravissime » née du non.

À gauche, les critiques ont fusé, pour dénoncer l’immobilisme, voire une « provocation » après le résultat du référendum.

« On ne soigne pas une crise de régime avec des cataplasmes », a déclaré le président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale Jean-Marc Ayrault.

M. de Villepin a été le plus proche collaborateur de Jacques Chirac comme secrétaire général de la présidence de la République de 1995 à 2002. Après des années dans l’ombre, il a émergé au grand jour en 2002, à la faveur de la réélection de M. Chirac qui, selon son entourage, apprécie son « panache ».

Le président le charge alors de diriger le ministère des Affaires étrangères, avant de lui confier l’Intérieur, où M. Sarkozy avait imprimé sa marque de 2002 à 2004. Mais M. de Villepin reste contesté par des personnalités de son propre camp.

En se séparant à chaud de M. Raffarin, M. Chirac a en tout cas voulu réagir vite au rejet du traité européen, qui a beaucoup affaibli son autorité, pour essayer de « sauver » la fin de son mandat prévue en 2007.

Mais le président est « durablement discrédité » par le non, selon 55% des personnes interrogées lors d’un sondage, alors que 48% estiment que le chef de l’État devrait organiser rapidement des élections législatives anticipées.



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