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Primaires à gauche et autorité présidentielle      
ITw La Croix
vendredi 24 juin 2016

 

À moins d’un an de la présidentielle, le Conseil national du PS a validé samedi 18 juin sa proposition d’organiser une primaire avec le PS, le PRG et les écologistes pro-gouvernement les 22 et 29 janvier. Fait inédit dans la Ve République pour un président sortant, François Hollande passera donc, selon toute vraisemblance, par une primaire s’il veut se représenter en 2017. Ce qui laisse sceptique le constitutionnaliste Pascal Jan.

La Croix  : Que pensez-vous de cette possible participation de François Hollande à la primaire organisée par le parti socialiste  ?

Pascal Jan  : Si François Hollande devait participer à cette primaire, cela serait une première dans la Ve République. Ces primaires organisées par les partis sont, il est vrai, un phénomène récent dans notre pays. Mais le fait qu’un président sortant soit obligé, pour être candidat à sa succession, de se soumettre à un processus de sélection interne à sa formation politique est quelque chose d’inédit. Et c’est d’abord un aveu de faiblesse politique pour le chef de l’État. Car c’est bien parce qu’il ne fait pas l’unanimité dans son propre camp qu’il doit se soumettre à cette primaire.

> À lire  : Primaire de la gauche, mode d’emploi

Participer à cette primaire risque-t-il de porter atteinte au statut de la fonction présidentielle  ?

P.J.  : Cela prouve que la fonction présidentielle n’emporte plus nécessairement l’autorité politique. Et à mon sens, la multiplication de ces primaires, pour désigner les candidats à l’Élysée, provoque une dénaturation complète des institutions de la Ve République.

Ces primaires sont en général très bien vues par la presse et par l’opinion publique. Cela donne le sentiment d’une démocratie plus participative, une partie des citoyens ayant l’opportunité de désigner les candidats.

Mais il ne faut pas oublier qu’avec les primaires, on instaure une présidentielle à trois tours. Et qu’on finit par désigner, puis par faire élire, un président qui bien souvent n’aura pas la capacité de mettre en œuvre le programme présenté aux électeurs.

> À lire  : Présidentielles, les Français veulent du changement

Pour quelle raison  ?

P.J.  : Avant les primaires, on a toujours eu des présidents qui étaient aussi les chefs de leur parti. Cela était en cohérence avec les institutions de la Ve République dans lesquelles le président n’a une véritable prééminence que s’il dispose d’une majorité législative sur laquelle il peut compter.

Or, avec les primaires, on choisit un candidat qui ne maîtrise pas sa propre formation politique et qui n’a pas la main sur les investitures aux législatives. On l’a vu avec l’élection de 2012  : François Hollande a remporté la primaire dans son camp mais c’est Martine Aubry (NDLR  : alors première secrétaire du PS) qui a eu largement la main sur l’investiture des candidats socialistes aux législatives. Résultat, François Hollande n’a souvent pas eu la majorité législative dont il aurait eu besoin durant son mandat.

Cette situation risque de se produire à droite en 2017. Si Alain Juppé est désigné comme le candidat de droite, il risque de ne pas avoir la maîtrise des investitures des candidats « les Républicains » à partir du moment où Nicolas Sarkozy est toujours le président du parti.

> Lire aussi  : Présidentielles, les primaires changent la donne

Recueilli par PIERRE BIENVAULT

Article sur site La croix



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