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L’abstention. Comment régler le problème       
Article La Croix
mardi 12 juin 2012

 

article Lorsque Lionel Jospin décide en 2001 d’inverser le calendrier électoral, la mesure semble de bon sens. La réduction du mandat présidentiel à cinq ans entraînait pour 2002 une concomitance des élections présidentielle et législatives. Et compte tenu de la prééminence de la fonction présidentielle dans nos institutions, il apparaissait alors logique que la première précède la seconde. Ce que personne n’avait anticipé, c’est que cette décision entraînerait une forte désaffection des électeurs pour l’élection de leurs représentants à l’Assemblée.

 « On observe une augmentation de l’abstention aux élections législatives à partir de 1993, mais celle-ci a été exacerbée depuis l’inversion du calendrier électoral jusqu’à atteindre cette fois un record absolu », souligne Frédéric Dabi, directeur du département opinion de l’Ifop. 42,77 % des électeurs ne se sont pas rendus aux urnes dimanche. 

C’est trois points de plus qu’en 2007 (39,6 %), où la désaffection était déjà considérée comme très importante, et sept points de plus qu’en 2002 (35,6 %). C’est surtout plus du double de l’abstention observée aux deux tours de l’élection présidentielle. « Cela confirme que, dans un cycle abstentionniste, l’élection présidentielle est la seule pour laquelle les Français se mobilisent encore. Les élections législatives ont été cannibalisées et ont perdu leur singularité » , poursuit le sondeur.

Organisé un mois après la présidentielle, le rendez-vous des législatives apparaît de plus en plus aux électeurs comme un simple vote de confirmation. Il peine à mobiliser, notamment dans les catégories populaires et chez les jeunes, traditionnellement abstentionnistes, mais aussi chez les partisans des formations politiques minoritaires. 

Dimanche, 66 % des 18-24 ans, la moitié des ouvriers et des employés mais aussi un électeur sur deux des Verts, du MoDem et du FN sont restés chez eux, selon une enquête Ipsos logica Business Consulting réalisée le jour du vote.

BEAUCOUP CONSIDÈRENT QUE « LE MATCH EST DÉJÀ JOUÉ »  « Une grande partie des électeurs considère que le match est déjà joué, regrette Pascal Jan, professeur de droit public à Sciences-Po Bordeaux. Ils se trompent, car la politique mise en œuvre par un gouvernement dépend beaucoup de sa majorité à l’Assemblée. En 1988, on l’oublie trop souvent, François Mitterrand avait été réélu avec 54 % mais n’avait eu qu’une majorité relative, les électeurs n’ayant pas voulu lui donner un blanc-seing. » 

Une campagne courte, sans thème saillant, dont le seul but est de donner une majorité au président nouvellement élu expliquerait donc cette désaffection. « Ces élections n’ont plus d’enjeu », confirme le constitutionnaliste Bertrand Mathieu.

De ce fait resurgit avec acuité la question du calendrier électoral. Avant le premier tour, Noël Mamère, député et maire (EELV) de Bègles (Gironde), avait évoqué la possibilité d’organiser le même jour la présidentielle et les législatives, l’inversion du calendrier faisant de celles-ci « une élection de seconde zone qui n’intéresse plus grand monde » . 

Une façon selon lui de revaloriser ce scrutin. C’est également l’opinion du sénateur Jean-Louis Masson (ex-UMP), qui a déposé une proposition de loi en ce sens lors de la dernière session. « Il faut éviter la prépondérance d’un vote sur l’autre », expliquait-il.

L’idée divise les spécialistes de la Constitution. Pascal Jan n’y est pas hostile : « Cela éviterait les cohabitations et aurait l’avantage de donner au président une majorité cohérente, explique-t-il. Nous sommes dans un régime présidentiel. Soit on l’accepte, et le couplage des deux élections ne pose pas de problème, soit on change de système et on réinverse le calendrier électoral. » 

Un couplage que Bertrand Mathieu en revanche ne souhaite pas, parce qu’il « entraînerait une confusion totale et un vote à l’aveugle ». François Hollande a expliqué dimanche, selon le journal Libération, que sur la question du calendrier électoral, il n’y avait pas de « solution d’évidence » , et que tenir les deux scrutins le même jour lui semblait « compliqué » .



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