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L’après élections européennes... mardi 9 juin 2009
Hier soir s’est tenue à Sciences Po à Paris, à l’initiative d’Europanova et de Terra Nova, une rencontre débat autour des élections européennes. Que retenir du scrutin ? Quelles conclusions tirer du taux d’abstention, de la victoire de l’UMP, des scores exceptionnels des écologistes, des désastres du PS et du Modem ? Devant une centaine de personnes, Jean-Philippe Moinet, fondateur de la Revue Civique et Européenne a mené le débat. Des échanges alimentés par les réflexions de Guillaume Klossa, président-fondateur d’Europanova, Olivier Ferrand, président de Terra Nova, Yves Bertoncini, enseignant à Sciences Po Paris et Bruno Jeanbart, directeur des études politiques de l’institut de sondage Opinion Way. Des apparences trompeuses… Dans un premier temps, chacun des intervenants a donné sa vision de ces dernières élections européennes. Pour Olivier Ferrand, le président de Terra Nova, les gagnants ne sont pas si puissants que ça et inversement, les perdants ne sont pas si faibles. Pour lui, cette élection est un "trompe l’œil". "La droite a bien résisté mais on ne peut pas dire qu’elle a gagné car le système d’élection proportionnelle intégrale à un tour empêche les coalitions. Or, on constate que la droite n’a pas progressé et la gauche n’a pas régressée. Aujourd’hui en Europe, il y a majorité de coalition arc-en-ciel. C’est même plus net en France où la gauche obtient 48 % des voix et la droite 35 %. Le balancier a plutôt nettement basculé à gauche. Mais les voix se sont éparpillées à gauche." Pour Olivier Ferrand, cela ne fait pas de doute, "à bien des égards, la situation politique actuelle ressemble à celle de 2002." Tout est question de stratégie. Guillaume Klossa, président fondateur d’Europa Nova : "La présidentialisation de cette élection a été faite par quasiment tous les partis à l’exception des écologistes. L’enjeu au PS visait à rétablir la paix au sein du parti et préparer les enjeux ultérieurs. Le PS n’a pas mis alors la pression sur l’UMP, qui fait tout pour ne pas mobiliser contre soi les camps adverses. Et de mobiliser son propre camp. Satisfaire l’UMP en interne et canaliser les petits partis. Sarkozy a su gérer le tempo en démarrant la campagne le plus tard possible.
Les Verts ont eu une stratégie très intéressante en jouant l’ouverture au maximum et l’unité derrière un projet européen. Bayrou a fait une erreur de débutant en faisant une répétition de l’élection présidentielle de 2012. Il a attaqué les autres avant de rassembler son camp.
Bilan : très bonne campagne des Verts, bonne stratégie de l’UMP, mauvaise campagne du PS et grosse erreur de stratégie de François Bayrou." Yves Bertoncini, enseignant à Sciences Po, regarde lui avec attention les évolutions des groupes parlementaires : "Le PPE a quelque peu progressé mais le retrait des conservateurs progressistes britanniques les amène à stagner en nombre de sièges. Le PSE va bénéficier, malgré un fort recul, de l’ajout du Parti démocrate italien. Les libéraux en léger recul car ils vont perdre la délégation européenne des démocrates italiens. Donc on ne peut pas parler de séisme, mais plutôt de stabilité des groupes. Un séisme n’est pourtant pas à exclure sur la nomination de Barroso. Car il faut que le PPE aille chercher une centaine de députés supplémentaires. Mission compliquée…" Pour Bruno Jeanbart, le directeur des études politiques d’Opinion Way, il y a une trop grande volatilité des voix des militants socialistes : "Les électeurs socialistes depuis plusieurs années ne suivent pas leur candidat. En 2007, beaucoup ont voté Bayrou à la présidentielle. Et 25 % des électeurs de Ségolène Royal en 2007 ont voté Cohn Bendit aux européennes." L’abstentionnisme, véritable fléau ? Dans un deuxième temps, a été abordé le thème récurrent de l’abstentionnisme. Le faible taux de participation, même s’il est décevant, n’a pas semblé non plus effrayer outre mesure les débateurs présents. Pour Guillaume Klossa, l’abstention est un "problème de pouvoir". Selon lui, "le problème c’est que personne ne connaissait les programmes européens du PS, de l’UMP et du Modem. Seul les Verts ont exposé leur programme européen." Mais le président d’Europanova voit d’un bon œil le vote irlandais : "Les Irlandais ont voté favorablement pour des candidats europhiles, c’est donc de bonne augure pour le traité de Lisbonne. Une fois adopté, ce traité structurera l’Europe politique et institutionnelle, et ainsi intéressera plus les eurocitoyens." Selon Olivier Ferrand, "l’abstention n’est pas due à l’absence d’enjeux. Il manque simplement la compétence principale qu’ont les Parlements dans les démocraties modernes, celle d’investir et de censurer le gouvernement. Il y a des enjeux. Mais ils ne sont pas exprimés, explicités. Il n’existe pas d’espace politico-médiatique européen." Bruno Jeanbart tempère les données de l’abstention. Chiffres à l’appui, le directeur des études politiques d’Opinion Way se veut prudent : "On exagère la montée de l’abstention, car elle était plus importante entre 1999 et 2004. Mais il y a des choses qui ne sont pas normales. 75 % des jeunes qui n’ont pas été voter. Les hommes ont beaucoup moins voté que les femmes, les ouvriers moins que les cadres. Il y a des écarts sociologiques trop importants. 27 % des Français seulement se sont dits intéressés par la campagne.
Il y a de plus un problème de partis qui ne parlent jamais d’Europe, sauf ceux qui la critiquent. Et puis la lâcheté des représentants nationaux avec les discours du ‘quand ça va c’est grâce à nous, et quand ça va pas c’est la faute à l’Europe’. La montée des droites et centres droits européens Enfin, les spécialistes des questions européennes se sont penchés sur la montée des droites et centres droit en Europe. Une situation qui a entraîné le renouvellement de la confiance des électeurs à de nombreux partis de droite au pouvoir que ce soit en Allemagne, Italie, France, Pologne, et renforcée les droites d’opposition en Espagne et au Royaume-Uni. Pour Guillaume Klossa, "les droites se sont plutôt bien comportées en reprenant leur thèmes propres et en se social-démocratisant. La gauche a elle, l’antécédent d’avoir libéralisé dans plusieurs pays." Cela a été notamment le cas en France dans les années 1980, dans le Royaume-Uni blairiste et l’Espagne des années 1990. Ce qui fait dire à Guillaume Klossa que "les droites ont été plus crédibles par rapport à l’opinion publique et ont su mobiliser leur électorat pour ces élections." Olivier Ferrand estime lui que l’adage "on ne vire pas le capitaine quand le bateau coule" a profité aux gouvernements en place. Sauf au Royaume-Uni où le New Labour est au bout du rouleau et a subi un cuisant échec. Le pire résultat du New Labour depuis 1918 ! La question que se pose le président de Terra Nova est de savoir "pourquoi les sociaux démocrates et la gauche ne bénéficient pas plus du retour des valeurs d’arrière plan des idées européennes comme le compromis social démocrate de l’Etat providence." Il explique que "ce compromis a explosé avec le début de la crise de l’Etat providence au début des années 1980. Dans le premier temps, en France les socialistes ont résisté. Au Royaume-Uni, les blairistes l’ont accepté et se sont transformé en caution sociale d’un équilibre idéologique plutôt penché à droite. En Scandinavie la gauche a chercher à se renouveller. Et dans le modèle néerlandais, le parti social démocrate est devenu populiste." La crise actuelle a fait revenir très brutalement le curseur idéologique autour de la social démocratie. Pour lui deux raisons à la non traduction dans les urnes de ce retour à gauche du curseur idéologique : "l’absence idéologique avec un modèle pas crédible (problème de rénovation idéologique) de la gauche européenne ; et les nombreux problèmes de leadership. Il y a un vrai problème de renouvellement des élites politique de la social démocratie." Yves Bertoncini confirme ces propos, nuançant que les socialistes français n’avaient pas "voté les mesures de libéralisation adoptées par la gauche européenne ces dernières années." Le professeur de Sciences Po a rajouté à l’explication du boom écologiste en France par le fait que "les Français ont le sentiment que la problématique environnementale ne peut être réglée qu’au niveau européen." Bruno Jeanbart reste sur la même analyse constatant toutefois que " l’intensité de la crise a joué aussi sur les votes sanctions contre les gouvernements en place comme en Espagne, Irlande et au Royaume-Uni. Excepté en Allemagne qui subit la crise de plein fouet mais où les élections générales ont lieu à la fin de l’année et où il y a un système de coalition gauche-droite au pouvoir."
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