Réforme constitutionnelle. L’Académie française contre la reconnaissance des langues régionales      
lundi 16 juin 2008

 

L’Académie française s’inquiète de la reconnaissance des langues régionales dans la Constitution, qui porte selon elle "atteinte à l’identité nationale", et demande le retrait d’un article de loi en ce sens voté en mai par l’Assemblée nationale.

Une démarche "extrêmement rare" de l’institution, dont la mission est notamment de "veiller sur la langue française", souligne-t-on à l’Académie.

"Depuis plus de cinq siècles, la langue française a forgé la France. Par un juste retour, notre Constitution a, dans son article 2, reconnu cette évidence : La langue de la République est le français", écrivent les académiciens dans une "déclaration" diffusée lundi.

Or, les députés ont, selon eux, adopté en première lecture le 22 mai un texte "dont les conséquences portent atteinte à l’identité nationale".

"Ils ont souhaité que soit ajoutée dans la Constitution, à l’article 1er, dont la phrase commence par les mots : La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale, une phrase terminale : Les langues régionales appartiennent à son patrimoine", rappellent-ils.

Un amendement en ce sens au projet de loi sur la réforme des institutions déposé par le président UMP de la commission des Lois de l’Assemblée nationale, Jean-Luc Warsmann, avait alors été voté à la quasi-unanimité.

S’ils ne contestent pas l’importance des langues régionales, les académiciens s’interrogent sur "cette apparition soudaine dans la Constitution", qui met "en cause, notamment, l’accès égal de tous à l’Administration et à la Justice".

L’Académie, "qui a reçu le mandat de veiller à la langue française dans son usage et son rayonnement", demande "le retrait de ce texte dont les excellentes intentions peuvent et doivent s’exprimer ailleurs, mais qui n’a pas sa place dans la Constitution".

Les académiciens contestent en particulier la primauté donnée aux langues régionales, désormais inscrites dans l’article 1 de la Constitution alors que la langue française reste mentionnée dans l’article 2. "Il nous paraît que placer les langues régionales de France avant la langue de la République est un défi à la simple logique, un déni de la République, une confusion du principe constitutif de la Nation et de l’objet d’une politique", écrivent-ils.

Les déclarations de l’Académie de ce type sont rares et traduisent une vraie préoccupation des académiciens.

L’institution est ainsi intervenue ces dernières années pour donner sa position et "attirer l’attention" des différents acteurs dans les débats sur la simplification de l’orthographe, la place du français dans les programmes scolaires ou la féminisation des noms de métiers et fonctions.

Lors de la discussion sur la réforme des institutions à l’Assemblée, la garde des Sceaux, Rachida Dati, avait donné son accord à l’amendement Warsmann. Le texte doit être examiné à partir de mardi au Sénat.



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