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Déséquilibre au sein de l’exécutif au détriment du chef de l’Etat : inédit à ce point !      
dimanche 24 février 2008

 

Dix-neuf points : c’est l’écart record - hors période de cohabitation - qui sépare, dans un sondage IFOP-JDD, la popularité de Nicolas Sarkozy , en forte chute depuis plusieurs semaines, et de son premier ministre François Fillon, qui semble inversement prospérer.

Dans la dernière livraison de ce baromètre, à paraître dans le Journal du Dimanche, le chef de l’Etat enregistre en février par rapport à janvier une baisse de neuf points de bonnes opinions, à 38%.

Parallèlement, le taux des insatisfaits bondit à 62% (+ 10 points en un mois, doublement par rapport à mai 2007).

Plus étonnant : François Fillon n’est nullement entraîné dans le tourbillon. Il engrange 7 points de mieux que le mois dernier et retrouve, à 57%, un taux pas très éloigné de ses débuts à Matignon (62%).

Inédite, cette différence entre un président et son Premier ministre ? Pas tout à fait. En avril 1993, juste après des législatives historiquement désastreuses pour la gauche, un président François Mitterrand à bout de forces avait vu son premier ministre RPR Edouard Balladur le devancer de 22 points.

En revanche, souligne Frédéric Dabi, directeur du département Opinion publique de l’IFOP, c’est la première fois qu’un tel écart est enregistré en faveur du chef d’un gouvernement hors cohabitation.

L’expert peut se targuer d’une vision de long terme : pionnier des instituts français, l’IFOP, créé en 1938 (avec un premier sondage sur les accords de Munich...) fête ses 70 ans.

Créé en 1958, ce baromètre mensuel est aussi le plus ancien de France, souligne-t-il.

Dans cette longue histoire, des écarts significatifs ont souvent été enregistrés entre un président et son Premier ministre. Mais presque toujours en faveur du chef de l’Etat.

Ainsi, le général de Gaulle n’a jamais été devancé par un de ses chefs de gouvernement. Pas plus que Valéry Giscard d’Estaing.

En revanche Georges Pompidou a été brièvement détrôné par le porteur du projet de "nouvelle société" Jacques Chaban-Delmas. Quant à François Mitterrand et Jacques Chirac, ils ont souvent vu leurs Premiers ministres être plus populaires qu’eux.

Ce fut le cas de Laurent Fabius pendant toute l’année 1985, se souvient Frédéric Dabi. De même, avant l’épisode la canicule de 2003, Jean-Pierre Raffarin l’emportait sur M. Chirac, comme Dominique de Villepin jusqu’à la tourmente du CPE.

Mais ces avances, relève l’expert de l’IFOP, étaient de "5, 10, voire 12 points".

La situation actuelle est donc sans précédent à ses yeux. Même chez les sympathisants UMP, Fillon est passé devant.

M. Dabi ne voit cependant pas dans ces chiffres une approbation massive de la politique gouvernementale, mais "une inversion du mode de gouvernance de la Ve république : Nicolas Sarkozy, très exposé, reçoit les coups. Son Premier ministre, plus en retrait, est protégé par lui".

Par ailleurs, selon M. Dabi, françois Fillon incarne, aux yeux de la droite traditionnelle "un modèle politique plus rassurant, moins en rupture".



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